Entre Edfou et Kom Ombo, là où la vallée du Nil se resserre au maximum, se trouve l’un des sites archéologiques les plus significatifs et les moins visités de Haute-Égypte. Gebel el-Silsila — « la Montagne de la Chaîne » en arabe — est l’ancienne carrière de grès qui a fourni la matière première des temples de Karnak, de Louxor, d’Edfou et de dizaines d’autres monuments qui définissent la civilisation égyptienne. Si votre itinéraire en Égypte se limite aux sites les plus célèbres, celui-ci mérite d’y être ajouté.

Réponse rapide — Qu’est-ce que Gebel el-Silsila, et pourquoi le visiter ?
Gebel el-Silsila est un complexe de carrières de grès situé sur les deux rives du Nil en Haute-Égypte, à environ 65 km au nord d’Assouan. Il a constitué la principale source de pierre pour les grands chantiers de construction des temples égyptiens, du Nouvel Empire jusqu’aux périodes ptolémaïque et romaine — soit plus de mille ans d’exploitation continue.
Le site compte environ 33 chapelles rupestres creusées dans la falaise, dédiées par des pharaons tels que Ramsès II, Séthi Ier, Horemheb, Amenhotep III et Hatchepsout. Des inscriptions et graffitis d’ouvriers, de scribes et de fonctionnaires couvrent les parois rocheuses. Des missions archéologiques égypto-suédoises y conduisent encore des fouilles actives. Le site est accessible en croisière sur le Nil, en véhicule privé depuis Edfou ou Kom Ombo, ou en felouque traditionnelle.
Idéal pour : les voyageurs qui souhaitent comprendre comment l’Égypte ancienne a été construite — et pas seulement ce qu’elle a bâti.
Qu’est-ce que Gebel el-Silsila ?
Gebel el-Silsila se trouve à environ 65 km au nord d’Assouan, à l’endroit où les falaises se rapprochent des deux côtés du Nil pour former le passage le plus étroit de la vallée entre Assouan et Louxor. Cette particularité géographique en a fait le point de franchissement naturel du fleuve et la zone d’embarquement idéale pour les blocs de pierre extraits durant l’Antiquité.
Le nom revêt plusieurs graphies selon les cartes et les sources de voyage : gebel silsila, gebel el-silsila egypt, gebel silsileh, djebel silsileh et gibel silsila désignent tous le même site. L’étymologie arabe fait référence à une chaîne qui aurait été tendue en travers du Nil pour contrôler la navigation fluviale et percevoir des droits de passage.
L’exploitation de la carrière a débuté sous le règne de Thoutmosis Ier, à la XVIIIe dynastie (vers 1490 av. J.-C.), et s’est poursuivie activement tout au long du Nouvel Empire, puis pendant les périodes ptolémaïque et romaine. L’ampleur de l’extraction est difficile à concevoir : chaque temple construit durant la période la plus féconde de l’architecture égyptienne a nécessité de la pierre provenant de ce site ou de carrières avoisinantes.

Pourquoi Gebel el-Silsila est-il important — la pierre derrière les temples
Le grès extrait à Gebel el-Silsila est un matériau à grain moyen, de couleur chaude, particulièrement adapté aux grands éléments architecturaux. Il a été utilisé pour la construction de l’ensemble du complexe de Karnak à Louxor, du temple de Louxor, du temple d’Edfou, du temple de Kom Ombo, du temple d’Esna, du complexe du temple de Dendéra, ainsi que de nombreux pylônes, chapelles et colonnades processionnelles dans toute la vallée du Nil.
Le transport se faisait par voie fluviale : les blocs étaient acheminés depuis le front de taille jusqu’au Nil à l’aide de rampes et de rondins en bois, chargés sur des barges, puis transportés en aval ou en amont selon la destination. Cette logistique impliquait des forces de travail importantes et bien organisées, ainsi qu’une gestion administrative rigoureuse — dont les traces sont encore visibles sur le site.
En parcourant la carrière aujourd’hui, les visiteurs peuvent observer des blocs partiellement extraits, encore enchâssés dans la falaise exactement là où l’équipe d’extraction a interrompu son travail. Ces sections figées en plein processus constituent l’une des preuves les plus claires, en Égypte, du fonctionnement réel des chantiers de construction pharaoniques.

Les chapelles rupestres de Gebel el-Silsila
L’élément le plus immédiatement frappant de la rive est de Gebel el-Silsila est la série d’environ 33 chapelles rupestres taillées dans la falaise de grès. Ces sanctuaires ont été créés par des pharaons et de hauts fonctionnaires pour honorer les dieux, affirmer l’autorité royale et protéger les ouvriers des carrières ainsi que le processus d’extraction. Modestes en taille par rapport aux grands temples, leur qualité de sculpture et leur lien direct avec les chantiers qu’elles soutenaient en font des monuments d’un intérêt archéologique considérable.
Chapelle de Horemheb
L’une des mieux conservées du site. Horemheb, qui régna à la fin de la XVIIIe dynastie, s’y fit représenter en adoration devant Amon, Mout et Khonsou — la triade thébaine. La sculpture est sobre et formelle, et la chapelle conserve, dans ses zones les plus abritées, suffisamment de pigments pour donner une idée de sa décoration peinte d’origine.

Chapelle de Ramsès II
La plus grande des chapelles et la plus riche en programme de reliefs. Ramsès II y est représenté faisant des offrandes à Sobek, le dieu crocodile qui avait une importance particulière dans ce tronçon du Nil. Les scènes commémorent également des victoires militaires et affirment son identité de plus grand bâtisseur d’Égypte — une identité que la carrière de Gebel el-Silsila a rendue possible en pierre.
Chapelle de Séthi Ier
Sculptée avec une précision exceptionnelle. Séthi Ier, père de Ramsès II et l’un des plus fins mécènes de l’art du relief dans l’histoire égyptienne, y est représenté agenouillé devant Amon-Rê et Sobek. Les hiéroglyphes de cette chapelle sont particulièrement clairs et bien composés — ils méritent un examen attentif si vous disposez de temps.
Chapelle d’Amenhotep III
Amenhotep III fut à l’origine de certains des projets de construction les plus ambitieux du Nouvel Empire, notamment la colonnade du temple de Louxor et les Colosses de Memnon. Sa chapelle à Gebel el-Silsila est formelle et symétrique, avec des scènes du roi présentant des vases d’eau aux divinités. Le style reflète l’art mesuré et idéalisé de son règne.

Chapelle d’Hatchepsout
L’une des rares femmes pharaons à avoir laissé une empreinte sur le site. La chapelle d’Hatchepsout à Gebel el-Silsila est remarquable non par sa taille, mais par ce qu’elle représente : une femme gouvernant l’Égypte en tenue pharaonique complète, commandant des monuments dans un site à vocation industrielle, sur un pied d’égalité avec ses prédécesseurs masculins.
Chapelles de fonctionnaires et de scribes
Toutes les chapelles ne sont pas royales. Plusieurs ont été commanditées par des administrateurs supérieurs, des contremaîtres de carrière et des scribes — des figures comme Panehesy ou Amenemhat. Ces chapelles enregistrent les noms et les fonctions de ceux qui faisaient fonctionner la carrière au quotidien : les gestionnaires logistiques, les archivistes, les chefs d’équipe. Elles constituent un contrepoint précieux aux chapelles royales et confèrent au site une dimension humaine qui va au-delà de l’autopromotion dynastique.

Inscriptions et graffitis : les voix des ouvriers
Tout au long des parois rocheuses de Gebel el-Silsila, on peut lire des inscriptions gravées avec plus ou moins de soin : noms d’ouvriers, dates de campagnes d’extraction, décomptes de blocs retirés, prières pour la protection divine, notes administratives destinées aux équipes de la carrière. Certaines sont exécutées avec précision ; d’autres ont manifestement été gravées à la hâte pendant une pause.
Ces textes constituent des archives archéologiques à part entière. Ils aident les chercheurs à comprendre l’organisation de la carrière, les pharaons qui ont ordonné des campagnes d’extraction et à quelles périodes, l’effectif des équipes de travail, et ce que ces hommes croyaient au sujet du lieu qu’ils taillaient.
Une inscription attribuée à un scribe mentionne, en substance, avoir contemplé l’immensité de la montagne et perçu la présence des dieux en son sein — un rappel que pour ceux qui y travaillaient, ce n’était pas simplement un site industriel. C’était un lieu chargé de sens religieux.

Un site encore en cours de fouilles
Gebel el-Silsila n’est pas un site entièrement documenté ou achevé. Des missions archéologiques égypto-suédoises y travaillent depuis plusieurs années et continuent de faire de nouvelles découvertes : statues, stèles, outils, fragments céramiques, et vestiges des zones d’habitat des ouvriers. Chaque saison enrichit la compréhension de ce lieu qui a fonctionné pendant plus d’un millénaire.
Les fouilles en cours signifient que certaines zones peuvent être restreintes à tout moment, et que des secteurs visibles sur d’anciens plans peuvent être inaccessibles pendant les saisons de travail actif. Visiter Gebel el-Silsila aujourd’hui, alors que les fouilles sont encore en cours, c’est se trouver sur un site dont la connaissance est encore en train de se construire — une expérience fondamentalement différente d’une visite sur un monument entièrement fouillé et aménagé.
[À vérifier avant publication : statut actuel des missions de fouilles et restrictions d’accès éventuelles — contacter le ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités ou le Gebel el-Silsila Project directement.]

Comment visiter Gebel el-Silsila ?
Gebel el-Silsila ne figure pas dans l’itinéraire standard en Égypte, mais le site est accessible avec une bonne organisation. Voici les principales options.
Comment s’y rendre
Croisière sur le Nil ou Dahabeya — Entre Assouan et Louxor. Certaines croisières haut de gamme prévoient un arrêt — à confirmer avant réservation.
Véhicule privé + transfert en bateau — Depuis Edfou ou Kom Ombo (45–60 min de route + courte traversée). Option la plus souple pour les visiteurs indépendants.
Felouque traditionnelle — Depuis les villages environnants. Convient aux voyageurs disposant de temps et de contacts locaux.
Le site s’étend sur les deux rives du Nil. La concentration principale de chapelles se trouve sur la rive est. L’accès nécessite une courte traversée depuis la route de la rive ouest, ou une arrivée directement par le fleuve.
[À vérifier avant publication : tarifs d’entrée actuels, conditions de réservation et nécessité éventuelle d’une autorisation pour la photographie — renseignez-vous auprès de votre voyagiste ou du ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités.]
Meilleure période pour visiter
Les mois les plus favorables pour visiter Gebel el-Silsila sont d’octobre à avril, lorsque les températures en Haute-Égypte permettent de marcher confortablement sur des surfaces rocheuses exposées. Le site offre presque aucune zone d’ombre, ce qui rend les visites en plein été (juin–août) particulièrement exigeantes et impose une programmation en début de matinée.
La lumière de tôt le matin et de fin d’après-midi est idéale pour photographier les reliefs des chapelles et les surfaces de la carrière. La lumière de midi est plate et dure.
Ce qu’il faut emporter
Chaussures fermées adaptées aux surfaces rocheuses irrégulières, eau en quantité suffisante, chapeau et crème solaire haute protection, une petite lampe torche ou la lampe de votre téléphone pour les zones plus sombres des chapelles, un appareil photo avec un réglage grand angle pour les panoramas sur la falaise.
Un guide spécialisé en égyptologie est un atout considérable sur ce site. Les programmes iconographiques des chapelles et les inscriptions requièrent une interprétation pour être pleinement compris, et les détails les plus intéressants passent facilement inaperçus sans accompagnement.

Intégrer Gebel el-Silsila à votre itinéraire sur le Nil
Gebel el-Silsila s’intègre naturellement à une croisière sur le Nil ou à une Dahabeya entre Louxor et Assouan, ou encore à un circuit privé en Haute-Égypte. Il se combine idéalement avec le temple d’Edfou (environ 65 km au nord) et le temple de Kom Ombo (environ 40 km au sud).
Si vous envisagez un itinéraire plus long en Haute-Égypte incluant Louxor, Edfou, Kom Ombo et Assouan, l’ajout de Gebel el-Silsila donne au voyage un fil conducteur : vous passez des temples que la carrière a alimentés à la carrière elle-même, ce qui transforme la lecture de l’ensemble du corridor du Nil.
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FAQ sur Gebel el-Silsila
Que signifie Gebel el-Silsila ?
Le nom se traduit de l’arabe par « Montagne de la Chaîne ». Il fait référence à une chaîne qui aurait été tendue en travers du Nil à cet endroit dans l’Antiquité pour contrôler le trafic fluvial.
Où se trouve exactement Gebel el-Silsila ?
Gebel el-Silsila est situé en Haute-Égypte, à environ 65 km au nord d’Assouan et à environ 42 km au sud d’Edfou, sur les deux rives du Nil.
Gebel el-Silsila, Gebel Silsila et Gebel Silsileh sont-ils le même site ?
Oui. Gebel el-Silsila, Gebel Silsila, Gebel Silsileh, Djebel Silsileh et Gibel Silsila sont toutes des translittérations du même nom arabe, désignant le même site.
Qu’extrayait-on à Gebel el-Silsila ?
Du grès. Le site était la principale source de grès pour les grands projets de construction de temples en Égypte, depuis environ 1490 av. J.-C. jusqu’à la période romaine — soit plus de mille ans d’exploitation.
Quels pharaons ont fait construire des chapelles à Gebel el-Silsila ?
Des chapelles rupestres ont été commanditées par Horemheb, Ramsès II, Séthi Ier, Amenhotep III, Hatchepsout, Thoutmosis III, Akhénaton et d’autres. De hauts fonctionnaires et administrateurs des carrières ont également fait construire de petites chapelles sur le site.
Peut-on visiter Gebel el-Silsila de façon indépendante ?
Le site est accessible mais nécessite une organisation préalable. La plupart des visiteurs arrivent en croisière sur le Nil, en véhicule privé depuis Edfou ou Kom Ombo, ou par bateau local. Certaines zones peuvent nécessiter une autorisation ou être restreintes lors des campagnes de fouilles actives. Un guide spécialisé est fortement recommandé.
Gebel el-Silsila vaut-il la visite ?
Pour les voyageurs qui souhaitent comprendre comment l’Égypte ancienne a été construite — et pas seulement ce qu’elle a bâti — la réponse est oui, sans hésiter. Le site est rarement fréquenté, archéologiquement significatif, et offre un contexte physique direct pour chaque temple visité sur un itinéraire nilotique.
Des fouilles archéologiques sont-elles encore en cours à Gebel el-Silsila ?
Oui. Des équipes égypto-suédoises mènent des fouilles actives depuis plusieurs années, avec de nouvelles découvertes signalées régulièrement. L’accès à certaines zones peut être limité pendant les saisons de travail sur le terrain.

Planifiez votre visite avec Terres du Nil
Gebel el-Silsila est le genre de site qui transforme la façon dont on lit le reste de la Haute-Égypte. Une fois que vous avez marché dans les encoches de la carrière et vu les blocs inachevés encore insérés dans la falaise, chaque colonne de temple que vous traverserez par la suite prend un poids différent.
Si vous souhaitez intégrer Gebel el-Silsila à votre itinéraire sur le Nil — que ce soit dans le cadre d’une croisière en Dahabeya, d’une excursion privée depuis Edfou ou Kom Ombo, ou d’un voyage sur mesure en Haute-Égypte — nous pouvons vous aider à l’organiser dans les meilleures conditions.
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